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[Expo 2016] "Des camps dans la Vienne, 1939–1945"

Les camps d’internement administratif ont fonctionné dans la Vienne jusqu’à la Libération. C'est une histoire peu partagée car peu présente dans la mémoire collective que l'exposition des Archives Départementales de la Vienne ont retracée en 2016. Ce récit émouvant est aujourd'hui accessible dans un catalogue numérique disponible par tous.

"Contrôler, exclure, persécuter"

D’abord centres de détention et de surveillance des étrangers "suspects" aux yeux du pouvoir, ils sont très vite convertis en camps d’internement des civils au service de l’occupant, parfois en antichambre de la déportation. Ces mêmes camps ont été utilisés à la Libération dans une logique d’épuration.

Les archives de cette époque montrent la permanence d’un fonctionnement bureaucratique de l’administration : l’usage continu des mêmes lieux, parfois le recours aux mêmes hommes pour faire fonctionner ces camps entre 1939 et 1945.

Le catalogue de l’exposition de 2016, riche de nombreux documents, d’objets inédits, de maquettes et de supports audiovisuels, propose des clés de compréhension de cette évolution idéologique de l’utilisation des camps, du destin et de la vie quotidienne de milliers d’hommes et de femmes internés.

D’une mesure de surveillance à l’internement…

En 1938, à la veille du conflit, le gouvernent de la IIIe République autorise la création de centres destinés à la détention d’étrangers que les autorités veulent placer sous leur surveillance, sur seule décision du Préfet. Ces mesures d’internement sont alors pensées comme exceptionnelles mais elles s’étendent rapidement aux Tsiganes et aux communistes dès le début du conflit.

Dès septembre 1940, une loi précipite l’histoire : le gouvernement de Vichy entend utiliser les camps au service d'une "Révolution Nationale", passant ainsi de la logique d’exception, qui fondait les regroupements à une logique d’exclusion et de persécution jusqu’à servir l’extermination.

 

… des centres aux camps

En septembre 1939, un premier camp est ouvert à Poitiers en bordure de la route nationale 147, en direction de Limoges. Les autorités y concentrent plus de 300 réfugiés espagnols fuyant l’avancée des troupes franquistes en Espagne. En 1940, ils sont remplacés par les Tsiganes, rejoints par des Juifs raflés dans la Vienne. Ce camp, qui a compté jusqu’à 800 personnes, n’a fermé qu’à la fin novembre 1945.

En mars 1941, s’ouvre le camp de Rouillé destiné à interner des  communistes, français ou non. Progressivement le camp interne des prisonniers de droit commun, dont certains jugés dangereux, ont pourtant fini de purger leur peine de prison. Le camp de Rouillé, bien que fermé en juin 1944, rouvrira en septembre 1944 pour fermer définitivement en février 1945.

Quant au camp de la Chauvinerie à Poitiers, l'un des 10 centres les plus importants en France, il a rassemblé près de la moitié des internés civils passés dans les camps de la Vienne. A l'été 1945, il regroupe encore 4 000 civils allemands dans des conditions d'existence indignes qui rappellent la maltraitance exercée sous l'Occupation.

Le 18 novembre 1945, le Ministère de l’Intérieur demande au Préfet la dissolution de tous les camps de la Vienne. Celle -ci sera effective avec la liquidation définitive du camp de la route de Limoges, le 25 décembre.  Il n’y a alors plus d’internés administratifs dans les camps de la Vienne.

 

Les enfants du camp de la route de Limoges

Famille internée

Des hommes internés au camp de Rouillé

Camp de la route de Limoges

Dernière mise à jour le 13/02/2017