Pont de Bonneuil-Matours

La réhabilitation du pont de Bonneuil-Matours, dernier pont suspendu de la Vienne, inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, fait partie de la programmation des «  Grands Travaux  » du Schéma Routier 2016/2021 du Département.

    Le chantier a débuté en juin 2020 et nécessite, depuis le 4 janvier 2021, la fermeture totale à la circulation automobile. Une passerelle provisoire accessible aux personnes à mobilité réduite est en place pour les piétons et les cyclistes posant pied à terre. 

    Le pont de Bonneuil-Matours, dont la construction d’origine avec tablier en bois et pylônes en pierre date de 1846, a fait l’objet d’une reconstruction du tablier et de sa suspension en 1932, puis de divers travaux de renforcements structurels au cours du temps.

    A ce jour, il présente un certain nombre de pathologies liées notamment au vieillissement aggravé de sa suspension et à la capacité résistante réduite de son tablier, ce qui a conduit à mettre en place des limitations de charges routières. La largeur de trottoir offerte et la position de ces derniers contre la chaussée, ne sont pas satisfaisantes pour la sécurité des piétons.

    Afin de préserver l’ouvrage, différentes mesures d’exploitation ont été mises en place au cours du temps :

    • 1989 : limitation à un seul poids lourd de plus de 19 T sur l’ouvrage
    • 2006 : limitation à 19 T (corrosion des câbles aux ancrages) 
    • 2010 : limitation à 3,5T en période de gel
    • 2011 : limitation 12T (suite aux remplacements des étriers)
    • 2019 : limitation gabarit et 12T sans dérogation

    • Société ARTCAD (69760 LIMONEST) pour la Maîtrise d'œuvre (MOE). Spécialisée dans les ouvrages anciens, depuis 30 ans, elle a mené à bien les projets de réhabilitation de 33% des ponts suspendus en France. 
      Quelques missions : Maîtrise d’œuvre de la restauration du pont transbordeur de Rochefort (17) avec le Conservatoire des monuments historiques, Maître d’œuvre du pont suspendu de Châtillon sur Loire (45)...
    • Société ARCADIS (37553 SAINT-AVERTIN) pour l’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO). Elle assiste le Département de la Vienne en phase de conception et en phase de travaux sur les aspects techniques, planification, coût et juridique. Quelques missions : Assistance à Maîtrise d’Ouvrage dans le cadre des travaux de réhabilitation du pont suspendu de Châtillon sur Loire (45), participation aux études de conception et d’exécution du Viaduc de Millau (12)...
    • Société Baudin Châteauneuf (45110 CHATEAUNEUF SUR LOIRE) : Titulaire du marché de travaux.
      Spécialisée dans la rénovation d’ouvrages à câbles. Quelques chantiers réalisés auparavant : pont transbordeur de Martrou (14), pont de Châtillon sur Loire (45)...
      Elle assure la restauration générale du pont de Bonneuil-Matours avec :  
      • la réalisation des câbles dans l’atelier et leur mise en place sur site. 
      • le remplacement du tablier par une méthode innovante utilisant un système de roulement pour délancer l’ancienne structure et lancer la nouvelle simultanément.

    Pour répondre aux exigences de réhabilitation du pont, l'Assemblée Départementale a voté un investissement de 7 M€  qui fait partie de la programmation des «  Grands Travaux  » du Schéma Routier 2016/2021 (122 M€) du Département.

    Durant cette période, les grandes phases de travaux sont les suivantes :

    • Mise en place d’une passerelle provisoire 
    • Démolition de la dalle existante qui supporte la chaussée 22 mois (hors période de préparation)
    • Installation de la suspension provisoire 
    • Dépose de la suspension existante et du tablier 
    • Renforcement des fondations en rive droite 
    • Pose d’une nouvelle charpente du tablier 
    • Reconstitution des chambres d’ancrage 
    • Lancement de la nouvelle suspension 
    • Transfert des charges de la suspension provisoire vers la suspension neuve 
    • Superstructures, équipements 

    Cependant, pendant ces travaux de réhabilitation et à la suite de mesures de contrôle dans le cadre de la surveillance générale de l’ouvrage, un tassement anormal a été détecté, à la fin de l’été 2021, au niveau du pylône situé en rive droite avec un mouvement de bascule de quelques centimètres, invisible à l’œil nu. 

    Des contrôles et mesures sont effectués régulièrement et depuis septembre 2021 aucun mouvement supplémentaire n’a été constaté. Toutefois, il est impossible de dire actuellement si la structure, même stabilisée, ne bougera plus, d’autant que lorsque le tablier va être réinstallé, le pylône aura à supporter une charge supplémentaire. 

    Plusieurs solutions de confortement global de la pile ont été proposées. Après plusieurs réunions en présence du Conservateur des Monuments Historiques, une solution de confortement des fondations avec des pieux positionnés en amont et en aval du pilier fragilisé vient d’être actée. Cette solution a le mérite de conserver le pylône en place. Des panneaux d’informations seront positionnés sur le dessus de la partie renforcée et visibles depuis le trottoir.

    Cette solution technique a été actée en juin 2022.

    A l'issue des travaux, le pont sera un peu plus large qu'actuellement, grâce à l'aménagement de deux trottoirs latéraux pour les piétons. Compte tenu de l’inscription de l’ouvrage aux Monuments Historiques, des contraintes spécifiques ont prévalu à la réhabilitation, comme la conservation de l’aspect visuel de l’ouvrage et des analyses stratigraphiques pour retrouver la ou les couleurs d’origine. L’objectif étant de refaire la chaussée pour garantir la sécurité des usagers et de préserver le cachet historique de l’ouvrage.

    Jusqu'en août 2021 :

    • La suspension existante et l’ancien tablier ont été déposés. 
    • La charpente du tablier neuf sur la travée entre pylônes et sur la travée rive gauche est en place, soutenue par une suspension provisoire. 
    • La travée de rive droite a été évacuée. 
    • L’ouvrage a été désamianté dans sa totalité

    Depuis septembre 2021 :

    Sur le terrain

    Tous les travaux possibles ne modifiant pas les charges du pylône en rive droite ont été réalisés : 

    • Démolition des culées. Les travaux ont été plus conséquents car le terrain sous-jacent présentait des vides, le béton était hétérogène (rives droite e t gauche) 
    • Reconstitution et confortement des chambres d’ancrage (rives dr oite et gauche) 
    • Pose charpente travée de rive gauche 
    • Ancrages définitifs de la future suspension 

    Le chantier a été interrompu sur site le 26 mai 2022

    Etudes

    En parallèle, l’entreprise a réalisé des pré-études pour étudier la faisabilité d’une solution de confortement de la pile en rive droite. Ces études ont intégré l’expertise et l’ingénierie nécessaires pour l’analyse et la recherche de solutions en lien avec le maître d’oeuvre, les études de faisabilité de génie-civil, les incidences sur le reste de l’ouvrage et des travaux, le dimensionnement de fondations profondes, y compris les accès. Ces études ont été formalisées dans un tableau de synthèse (avantages, inconvénients, aléas des solutions envisagées selon des critères techniques, financiers, de délais, de patrimoine) et ont permis de présenter une solution de confortement de la pile rive droite à la Conservation Régionale des Monuments Historiques en vue du dépôt d’un nouveau permis de construire (l’ouvrage est inscrit). De là a été actée la solution retenue en juin 2022.

    Dossiers réglementaires

    La solution retenue a nécessité de nouvelles autorisations administratives. Les dossiers ont été déposés au cours du 3e trimestre 2022 et les services de l’Etat ont délivré à suivre le nouveau permis de construire et le nouvel arrêté loi sur l’eau respectivement en août et septembre 2022.

    Depuis janvier 2023

    Les travaux ont repris en début de semaine avec l’assemblage d’une grue sur chenille de 180 tonnes. Elle a été assemblée sur la voirie dans la nuit du 9 au 10 janvier dernier au moyen d’une autre grue mobile de 80 tonnes.
    La grue sur chenille servira, à la fois, à réaliser les estacades, mais aussi à la mise en position des gros tubes. Une fois montée elle a une largeur de 6,67 m. Elle a été choisie car elle peut se déplacer sur ses chenilles en portant sa charge et peut porter de lourdes charges à une grande distance. 

    Elle sert aussi à décharger le matériel de battage. A noter qu’une plateforme de travail sera réalisée en contrebas, au plus près de la position des futurs gros tubes. Elle permettra, notamment, la réalisation de 24 petits forages périphériques. 

    A SAVOIR
    Durant toute la durée des travaux, la passerelle piétonne restera ouverte. Cependant, des fermetures ponctuelles de plusieurs heures certains jours ou pendant la nuit selon la nature des travaux sont possibles

    Un peu d'histoire...

    Au milieu du 19e siècle, le franchissement de la Vienne s'effectuait par bac.

    En 1845, les frères Escarraguel, entrepreneurs, et M. Desse, ingénieur civil, sont adjudicataires des travaux de construction d'un pont moyennant une concession de 69 ans. Le pont, en service en 1846, est à péage jusqu'en 1898.

    Ce pont supendu était en bois à une seule voie charretière (une chaussée "voie charretière" de 2,25 mètres et deux trottoirs de 0,75 mètres) et était limité à hauteur de 5 500 kg atellage compris.

    Cet ouvrage devient propriété de la Commune en 1897 puis du Département en 1915.

    L'état de vétusté de ce pont et l'augmentation du trafic (véhicules motorisés) ont nécessité la construction d'un nouvel ouvrage en 1931-1932 par les Etablissements Arnodin Leinekugel Le Coq, qui a été inauguré le 27 mai 1932.

    Les piles et fondations de 1846 ont été conservées, seul le tablier a été retravaillé dans le but d'offrir des dimensions géométriques correspondant aux besoins d'alors à savoir une chaussée de 5,20m et deux trottoirs de 0,70m chacun.

    C’est le plus ancien pont suspendu en France encore en service avec les câbles en faisceau jointif (les câbles se touchent tous et sont  groupés en faisceau). A l’époque, l’essai de câbles en faisceau jointif a ouvert la voie aux plus grands ponts suspendus de France, qui ont utilisé ce principe : pont de Tancarville, pont d’Aquitaine… Il est le 2e pont construit avec ce principe en France, le 1er se situant aussi dans la Vienne à Vicq sur Gartempe (1931), qui aujourd’hui n’existe plus. 

    Le pont de Bonneuil-Matours, dernier pont suspendu du Département, est le "témoin" des innovations techniques que les ingénieurs ont su apporter à ce type d'ouvrage.

    Contact